Persuadés que le gain de performance est proportionnel à la quantité d'entraînement, beaucoup d'athlètes s'astreignent à des entraînements titanesques et souffrent de surentraînement. A partir d'une certaine quantité de travail, tous les sportifs peuvent, un jour, être confrontés au problème du surentraînement, celui-ci n'étant pas réservé, comme on pourrait le croire, aux seuls sports d'endurance, ni aux seuls sportifs professionnels.
Qu'est-ce que le surentraînement?
"Le surentraînement est un désordre neuroendocrinien caractérisé par une réduction de la performance en compétition, l'inaptitude à maintenir la charge d'entraînement inhabituelle, une fatigue persistante, une réduction de la sécrétion de cathécolamines, des problèmes de santé fréquents, une perturbation du sommeil et de l'humeur", Mac Kinnon.
Le risque de surentraînement apparaît lorsqu'il y a un déséquilibre entre la charge entraînement et la récupération. Lors de la planification des séances d'entraînement, il faut tenir compte du principe de surcharge. En effet, au moment de l'entraînement, on impose au corps une certaine charge, créant une certaine fatigue. Après une période de repos, on constate que le sportif récupère de cette fatigue et même qu'il atteint un niveau de forme supérieur à celui qu'il avait avant l'exercice. L'alternance de périodes d'exercices suffisamment intenses et de périodes de repos induit une augmentation du potentiel physique de base. Ce phénomène est appelé phénomène de surcompensation (voir article "L'entraînement"). C'est donc pendant les périodes de récupération que le sportif reconstitue des réserves énergétiques supérieures à celles de départ et donc, s'améliore!!!
Parfois, les séances d'entraînement sont trop rapprochées l'une de l'autre et ne permettent pas la récupération et la surcompensation, ce qui, si cette situation perdure, entraîne une fatigue anormale et une saturation psychologique. On crée ainsi les conditions du surentraînement.
Il est donc indispensable que chaque programme d'entraînement comporte une alternance de cycles d'entraînement d'intensité variable et de phases de repos (partie intégrante de l'entraînement).
Remarque: Il est également à souligner que certains facteurs influencent la vitesse de récupération: les différentes filières énergétiques (aérobie, anaérobie lactique, anaérobie alactique) ont des vitesses de récupération différentes, le type de discipline pratiquée (triathlon ou golf), le type d'entraînement utilisé (footing lent ou interval training intense), le niveau de pratique (sportif de loisir ou de compétition) mais aussi l'état de forme du sportif, la période de la saison,…
Les causes du surentraînement
Les causes principales sont
× Des charges d'entraînement excessives et une récupération insuffisante
× La monotonie de la charge et du type d'entraînement
× Une augmentation trop rapide de la charge d'entraînement (volume/intensité)
× Des compétitions de haut niveau trop fréquentes
Mais certains facteurs favorisent l'apparition du surentraînement
× Des problèmes médicaux (rhume, infections, allergies, blessures…)
× Des erreurs alimentaires (manque d'hydratation, de glucides, carence en micronutriments, apport énergétique insuffisant,…)
× Une mauvaise hygiène de vie (manque de sommeil,…)
× Des infections générales ou méconnues
× Un stress psychologique (problèmes familiaux, scolaires, professionnels, affectifs,…)
× Un stress environnemental inhabituel (froid extrême, chaleur, altitude, humidité,…)
Les signes et la détection du surentraînement
L'ensemble des signes qui accompagnent le surentraînement constituent le syndrome de surentraînement. Le diagnostic du surentraînement n'est pas facile à poser. En effet, il est difficile de détecter le surentraînement tant les signes sont forts subjectifs et très variables d'un sujet à l'autre.
Il y a cependant toujours une réduction de la performance, qui selon la discipline, touche les qualités de force, la coordination et la puissance maximale aérobie.
D'autres signes apparaissent également:
× Une diminution de l'appétit et une perte de poids
× Des nausées
× Une douleur musculaire
× Une accélération de la fréquence cardiaque de repos
× Une augmentation de la pression artérielle
× Des troubles du sommeil
× Une fatigabilité accrue
× Réapparition d'anciennes erreurs
× Guérison plus longue des coupures et petites éraflures
× Une hypersensibilité aux infections ORL, dentaires ou broncho-pulmonaires
× Une instabilité émotionnelle, asthénie ou irritabilité (=syndrome de dépression)
× Une baisse des résultats scolaires, professionnels
Comme on le voit, la physiopathologie du surentraînement est multifactorielle et complexe. Il importe dès lors d'être toujours vigilant. Lors d'une baisse significative et persistante des performances et dès que plusieurs facteurs apparaissent, il faut penser à ce diagnostic.
La détection du surentraînement se fera par le biais d'"interrogatoires" sur les aspects psycho-comportementaux et nutritionnels, par l'observation de la planification de l'entraînement, par un examen physique, afin d'éliminer une autre éventuelle pathologie, et un test à l'effort.
Un bilan biologique sera également le bienvenu afin d'éliminer un pathologie infectieuse virale et/ou bactérienne.
Le traitement du surentraînement
Lorsque le surentraînement est diagnostiqué, il doit être traité le plus rapidement possible. Le traitement de base consiste à observer une période le repos complet. Celle-ci sera plus ou moins longue en fonction de l'importance du surentraînement, de 3 à 5 jours pour certains, plusieurs mois (!) pour d'autres. Après ce repos total, une reprise progressive, variée et ludique peut être programmée. Soit dans la discipline de prédilection, soit grâce à d'autres activités, à condition de ne s'entraîner qu'à très faible intensité.
En parallèle, il faudra tenter de corriger d'autres paramètres, tels l'alimentation, le sommeil ou la santé. Il ne sera pas inutile, pour ne pas retarder ni hypothéquer la guérison, de tenter d'éliminer les facteurs générateurs de stress psychologiques afin de retrouver un climat favorable à la poursuite de l'activité sportive.
La prévention du surentraînement passe par la programmation d'un entraînement varié, comportant des cycles d'entraînements au cours desquels il y a alternance entre les périodes d'intensité légère et modérée, et les périodes d'entraînement très intense.
Une attention particulière sera portée au respect d'une alimentation adaptée à la discipline et aux exigences du niveau de pratique.
Idéalement, la surveillance des paramètres comme la fréquence cardiaque au réveil, les variations de poids, ou les sensations du sportif à l'issue d'une séance d'entraînement, contribue également à la détection précoce du surentraînement. La réalisation régulière (pas trop fréquents non plus!) de tests renseignera le sportif sur son état de forme. Enfin, une relation de confiance avec le médecin et la réalisation d'un bilan clinique quand "tout va bien" (électrocardiogramme de repos, bilan biologique et test à l'effort) peut également aider au diagnostic.
Dans le cadre de la prévention du surentraînement, chacun a son rôle:
Rôle de l'entraîneur
L'entraîneur veillera à planifier l'entraînement en fonction des sportifs et de leurs objectifs individuels. Il sera également très attentif au comportement des sportifs dont il a la charge.
Rôle du sportif
Le sportif doit, avec l'aide de l'entraîneur, se fixer des objectifs à sa mesure et être à l'écoute de son corps.
Rôle du médecin
Le médecin s'attachera à écouter le sportif qui n'est pas un patient comme un autre. Comme l'entraîneur, il doit être attentif aux différents signaux qui peuvent laisser suspecter un éventuel surentraînement. Il devra également être ferme dans le traitement et convaincre le sportif (et même l'entraîneur) qu'il est indispensable de respecter le repos complet et la reprise très progressive en cas de surentraînement.
Rôle de l'entourage
Dans la détection du surentraînement, le rôle de l'entourage est également très important. Son aide dans la détection des différents symptômes du surentraînement sera précieuse.
Kathy LUTS
Pour en savoir plus:
– Physiologie du sport et de l'exercice physique, Wilmore & Costill (1998), Editions De Boeck Université, Sciences et Pratiques du sport
– Eureka-sport.com
– Msport.net
– Physiomax.com.free.fr