[retour]> Traumatologie - Hématome sweet Hématome
Les hématomes sont fréquents dans le sport. Malheureusement, il s'agit aussi de la blessure sur laquelle courent le plus d'idées reçues.
Deux possibilités s'offrent au sportif victime d'un gros "bleu": soit il le néglige - on verra que ce n'est pas la pire solution- soit il s'en occupe -et là, dans la plupart des cas, il accumule les bêtises!
La liste des erreurs à ne pas commettre est effectivement très longue et la précipitation qu'on met généralement à transgresser ces principes élémentaires de prudence vient en grande partie d'un phénomène d'hyper médiatisation de la médecine du sport.
Expliquons-nous. A chaque fois qu'un sportif de renom se blesse, les médias nous l'envoient à l'infirmerie. En football, par exemple, certaines expressions sont devenues des classiques: "les joueurs se sont entraînés et un tel est resté aux soins". On sous-entend ainsi que le fait d'être blessé exige une permanence des soins comparable à un entraînement physique.
Les spécialistes eux-mêmes entretiennent la confusion. Au début du mois d'août, le journal L'Equipe recueillait les réactions du docteur Ferret juste après qu'il ait été remercié de son poste en Equipe de France. Il regrettait que le nouveau sélectionneur, Raymond Domenech, ait trop vite oublié "tous les miracles" qu'il avait accomplis auprès des joueurs. Là encore, l'expression est malheureuse. D'abord parce qu'elle ne reflète pas le travail de terrain. Ensuite parce qu'elle laisse planer dans le public l'idée qu'en mettant les moyens sur le plan thérapeutique, on peut accélérer une guérison. Or, c'est faux! Dans le cas d'un hématome, il n'existe pas de recette miracle pour accélérer la cicatrisation des tissus.
Cet hiatus entre fantasme et réalité nous a servi de trame pour cette petite fiction pédagogique.
Imaginons le parcours du jeune milieu de terrain de l'équipe de district de Fontenay-les-Abeilles qui se blesse à la fin de l'entraînement du jeudi soir. Il a reçu un coup direct sur la cuisse droite, ce qui le fait beaucoup souffrir. Il termine néanmoins la séance et, de retour aux vestiaires, tente de reprendre ses esprits sous une longue douche brûlante. Le lendemain, son muscle est tout bleu. Sa participation au match de dimanche paraît compromise. Mais il croit aux miracles dont sont remplis les journaux et, sur les conseils de son médecin, il se rend dans un cabinet spécialisé où il passe une échographie avant de subir une ponction intramusculaire. En rentrant chez lui, il avale une aspirine pour lutter contre la douleur et un anti-inflammatoire dans l'espoir d'accélérer la guérison. Tant qu'à faire, il prend aussi quelques granulés d'Arnica 9 CH qu'il laisse fondre sous la langue tout en décrochant son téléphone pour prendre rendez-vous chez le kiné. Celui-ci ne peut le recevoir qu'après 19 heures. Dans l'attente, il se masse consciencieusement la cuisse avec une pommade. Un copain vient prendre de ses nouvelles. Il lui recommande d'éviter le moindre mouvement. "Ca fait saigner", explique-t-il. Alors, pour être sûr de ne pas solliciter le muscle meurtri, il l'enveloppe d'un strapping bien serré.
Nous venons ainsi, en quelques lignes, de passer en revue tout ce qu'il ne faut pas faire dans la prise en charge d'un hématome!
Reprenons le fil du récit. Un coup violent sur une masse musculaire contractée entraîne un écrasement des fibres et la déchirure de petits vaisseaux sanguins. L'urgence absolue consiste alors à stopper ce saignement. Pour cela, il faut évidemment se retirer du jeu et mettre de la glace. Les vaisseaux se contracteront sous l'effet du froid. Tout apport de chaleur -bain, douche, sauna- aura évidemment l'effet contraire. Pendant combien de temps? Les périodes de saignement peuvent se succéder durant 36 heures. On procédera donc sous forme de cures: 20 minutes par heure pendant les trois premières heures. Puis, on laisse passer 3 heures avant de recommencer. Attention, le mieux est toujours l'ennemi du bien. Evitez donc de descendre la température de la peau en dessous de 4 degrés, ce qui entraînerait la formation d'un œdème. Pour cela, il suffit de placer un tissu entre la glace et la peau.
L'autre priorité pour limiter les saignements consiste à envelopper le membre endolori d'un pansement compressif, moyennement serré pour ne pas faire garrot. On utilise une bande élastique que l'on descend d'1,5 centimètre à chaque tour, façon molletière.
Que faut-il prendre comme médicament? Rien! Sauf peut-être du paracétamol contre la douleur. Surtout pas d'aspirine qui favorise le saignement et pas plus d'anti-inflammatoires qui empêchent la réaction naturelle de nettoyage de l'organisme.
Pas de massage non plus! Toute intervention sur la zone lésée risque de relancer les saignements.
L'arnica? Pourquoi pas. On a parfois besoin d'un petit placebo...
La ponction musculaire? Ce n'est pas forcément un mauvais choix. En vidant une poche de sang profonde, on réduit effectivement le risque d'enkystement de l'hématome. Cependant, il faut faire très attention à respecter deux impératifs. D'abord ne pas se précipiter. Dans le cas de ce jeune footballeur, nous disions que sa cuisse était devenue toute bleue. Paradoxalement, c'est plutôt bon signe. Cela veut dire que le saignement se disperse. Plus le "bleu" est important, meilleures sont les chances de guérison. Dans ce cas-là, la ponction ne sert à rien. L'autre impératif consiste à poser un bandage compressif immédiatement après l'intervention et le laisser pendant au moins 24 heures. Sans cela, la poche se reformera aussitôt et le travail de ponction n'aura servi à rien.
Quant à l'échographie, on lui prête souvent des pouvoirs qu'elle ne possède pas. En cas d'hématome, il faut attendre au moins trois jours pour faire la différence entre du sang frais et du muscle. Avant cela, les images ne permettent pas de préjuger de l'étendue de la lésion. Et les choses n'apparaissent vraiment clairement que deux ou trois jours plus tard.
Sur l'immobilisation aussi, les opinions divergent. Mais la théorie du copain de passage n'a plus les faveurs du pronostic. A présent, on pense qu'il vaut mieux recréer une certaine tension dans le muscle pour solliciter les filières de cicatrisation. Des micro mouvements permettent aussi un meilleur brassage des déchets. Il faut reprendre la marche dès que possible tout en respectant le seuil de la douleur.
Voilà la recette anti-hématome. Normalement, la résorption complète prend quelques jours. Cela signifie qu'à Fontenay-les-Abeilles, on aurait effectivement dû se passer du joueur pendant un week-end ou deux. Là, c'est toute une saison qu'il risque de gâcher par excès d'impatience.
Dr Christian Daulouède
Sport et Vie n°86, septembre 2004, p16-17
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