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> Système cardiaque - L'erreur d'Amstrong

Boum-tchac, boum-tchac, boum-tchac,...

Dans les battements du cœur, on distingue très nettement deux phases: un bruit sourd qui accompagne la contraction du ventricule pour envoyer le sang dans l'organisme, et un autre plus sec qui marque la fermeture des valvules pour empêcher le reflux.
 
Boum-tchac, boum-tchac, boum-tchac, le mouvement se répète environ 3 milliards de fois entre le 25ème jour de gestation lorsque les premières fibres cardiaques commencent à se contracter et les derniers battements au crépuscule de la vie. Ce nombre fluctue évidemment selon les individus. Par nature, certains possèdent un cœur plus solide que d'autres.

Mais sur l'échelle des espèces, il règne une forme de déterminisme. On peut même dire que, de ce point de vue, les hommes ont été gâtés par la nature. Ils partagent avec les chevaux le privilège d'un cœur très endurant alors que les autres espèces plafonnent à environ 1 milliard de battements. Cela signifie aussi que si le cœur bat plus vite, on vivra forcément moins longtemps. Une souris, par exemple, dont le pouls oscille autour de 200 vit moins longtemps (en moyenne 600 jours) qu'un éléphant avec ses 30 pulsations/minute (en moyenne 60 ans). Le record appartient aux tortues marines qui contractent leur palpitant dix à vingt fois par minute et peuvent atteindre l'âge respectable de 100 ans.

De ce qui précède, on pourrait déduire que le cœur doit être ménagé pour vivre vieux. L'idée a longtemps prévalu en médecine. On la retrouve dans la bouche de l'astronaute Neil Armstrong, le premier homme sur la lune: "Je pense que le cœur de chaque homme ne peut battre au-delà d'un certain nombre de fois. Personnellement, je n'irai pas gaspiller mes réserves dans d'interminables joggings". En réalité, il s'agit d'un faux calcul. En effet, le cœur s'adapte aux efforts. Lorsqu'on l'entraîne, il se développe. Au lieu des 300 grammes habituels, il atteint facilement un demi-kilo avec des cavités élargies et des parois épaissies. A chaque contraction, il est capable d'expulser plus de sang. Sa fréquence cardiaque diminue. En définitive, le sport fait économiser les battements, ainsi qu'on le découvre par le biais d'un petit calcul, un peu théorique certes, mais néanmoins convaincant:
– Imaginons que le fait d'être sportif permet d'abaisser le pouls de 10 pulsations par minute. Estimation raisonnable. Cela fait une économie de 100.800 battements par semaine: 10 battements x 1440 (nombre de minutes en 24 heures) x 7 (nombre de jours dans une semaine) = 100.800
– Il faut soustraire à cela les battements liés aux efforts sportifs proprement dits. Comptons 6 heures par semaine à 140 pulsations minute au lieu de 70): (140 - 70) x 60 (nombre de minutes dans une heure) x 6 (nombre de séances d'une heure) = 25.200.
– Pour être tout à fait exact, il faudrait tenir compte aussi de l'élévation du rythme cardiaque juste après l'entraînement. En effet, le cœur du sportif ne redescend pas tout de suite à son niveau normal. D'un autre côté, il est moins susceptible de s'emballer au moindre effort comme de monter les escaliers ou courir derrière un bus. On peut considérer alors que ces deux paramètres s'annihilent, ce qui donne un résultat final de 100.800 - 25.200 = 75.600. Le sport fait donc économiser 75.600 pulsations par semaine.

A l'échelle d'une vie, cela fait tout de même dix années supplémentaires. Qu'en dites-vous, Monsieur Amstrong?


JPdM
Sport et Vie, Hors Série n°18, p21

 

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