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> Système cardiaque - Accidents de parcours

Lorsqu'on fait du sport de façon intensive, le volume du cœur atteint parfois des proportions impressionnantes, au point d'inquiéter les spécialistes.

Car différentes pathologies sont susceptibles, elles aussi, de produire de telles transformations. Le rétrécissement du canal aortique, par exemple, complique le travail du cœur qui se met à grossir pour vaincre les résistances. Pour le médecin, il devient alors très difficile de ne pas se tromper entre un cœur d'athlète et celui d'une personne atteinte d'une affection congénitale.
 
Il faut tout explorer, notamment la fréquence et l'intensité des entraînements, et recourir à différents moyens d'analyse: électrocardiogramme, échographie, test d'effort, examen Doppler ou même biopsie. Malgré tout, il arrive que le doute subsiste et les cardiologues ont parfois l'impression de se trouver sur le fil du rasoir. Car évidemment, un mauvais diagnostic brise des vies: soit qu'on interdise le sport sans raison valable, soit au contraire qu'on lance dans la compétition des individus beaucoup trop fragiles. Par le passé, plusieurs jeunes champions virent ainsi leurs espoirs inutilement sacrifiés pour avoir présenté des signes cardiaques qui démontraient seulement leur bonne adaptation à l'effort. On conseilla même à Eddy Merckx, alors qu'il n'avait que 19 ans, de mettre un terme prématuré à sa carrière, après lui avoir découvert une pseudo-anomalie du tracé électro-cardiogramme, ce qui était probablement le signe d'un spectaculaire cœur d'athlète.
 
Mais on connaît aussi le cas inverse de sportifs frappés par la mort subite parce que personne n'avait pu déceler à temps leurs problèmes circulatoires. Chaque année apporte ainsi son lot de décès à l'effort. L'immense majorité de ces accidents s'explique par le mauvais état du réseau artériel. Les artères coronaires se bouchent, le cœur manque d'oxygène et se met à fibriler. Plutôt que d'expulser régulièrement le sang dans les artères, il subit un ensemble de contractions anarchiques pour un rendement quasi nul. On a établi ainsi que le risque de faire une crise cardiaque est multiplié par 5 en cas d'effort violent chez un sportif entraîné et par 56 chez le sportif occasionnel!
Donnés brut, ces chiffres font évidemment très peur. Mais, rapportée aux millions de pratiquants, la mort subite ne représente pas une très grande menace. Statistiquement, elle est la cause d'un décès par an pour dix mille sportifs ou pour 4,1 millions d'heures de sport.
 
On peut encore réduire le risque en observant scrupuleusement une série de conseils de prudence, par exemple en passant un examen d'aptitude avant de débuter dans une discipline. Les fédérations imposent normalement une consultation de ce type. Il s’agit d’un examen sommaire dans le cas d'enfants qui affichent manifestement tous les signes d'une santé éclatante. Mais, pour les adultes qui voudraient reprendre une activité après des années de sédentarité, on fera preuve d'une plus grande rigueur. Surtout chez les anciens sportifs qui ont tendance à vouloir repartir pied au plancher. C'est alors que le risque d'infarctus est le plus important. Bref, il n'est pas question de renouer avec son entraînement là où on l'avait abandonné dix ou vingt ans auparavant. Il faut y aller mollo comme pour le rodage d'un moteur. Plus tard, lorsque les sensations seront revenues, il sera toujours temps de pousser un peu la machine. Entre-temps, cette petite consultation en cardiologie aura permis de s'assurer du bon état de la plomberie artérielle. On commence généralement par une prise de sang pour évaluer les risques d'accidents cardiaques par le biais de multiples marqueurs. Le médecin relèvera également la tension, la composition corporelle et vous interrogera sur les antécédents familiaux. Enfin, on vous proposera un petit test d'effort, avec électrocardiogramme, qui permettra de déceler les affections coronariennes à l'origine de 80% des accidents. Autre conseil de prudence: ne jamais faire du sport en cas de fièvre ou d'infection. La maladie risque alors de s'étendre dans l'organisme et d'affaiblir le cœur. La cigarette sera évidemment proscrite à proximité des séances, avant ou après. Elle empêche une bonne oxygénation des tissus au moment précis où ceux-ci en ont le plus besoin. On sera également très attentif à tous les signes avant-coureurs de défaillance: vertiges, douleurs thoraciques, évanouissements, etc. Enfin, il faut boire suffisamment à l'effort, commencer et finir progressivement les séances, éviter les douches et les bains trop chauds juste après l'entraînement, et surtout ne pas se laisser entraîner dans des défis qui, manifestement, dépassent vos limites physiologiques. A tout âge, on sera aussi très prudent en cas de douleurs étranges dans la poitrine -surtout derrière le sternum- ou dans le bras gauche, ou à chaque défaillance inhabituelle survenue à l'effort. La mort subite prend généralement soin de s'annoncer par quelques signes précurseurs. Il suffit d'y prêter attention.
 
D'un autre côté, on ne doit pas non plus exagérer les risques. L'histoire suivante est rapportée par Kenneth Cooper, le célèbre physiologiste américain dans un de ses nombreux bouquins de vulgarisation scientifique. Elle met en scène un homme d'une cinquantaine d'années qui décide de se suicider. Mais, pour que sa famille puisse hériter du montant de l'assurance-vie, il doit maquiller le décès en accident. Se sachant atteint d'une grave insuffisance cardiaque, il décide de courir jusqu'à ce que mort s'ensuive. A sa première sortie, en pleine nuit, il parvient à faire péniblement quelques centaines de mètres avant de s'effondrer. Il est épuisé, mais toujours vivant. Le lendemain soir, il effectue une deuxième tentative. Il court un peu plus loin que la veille et ne meurt toujours pas! Il renouvelle ainsi l'expérience jusqu'à courir trois kilomètres sans s'arrêter. A partir de là, ses problèmes cardiaques s'atténuèrent. Et surtout, il avait repris goût à la vie!

Gilles Goetghebuer
Sport et Vie, Hors Série n°18, p22-23
 

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